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À
ce moment-là, une collègue et moi étions toujours à
notre bureau. Ne comprenant pas ce qui se passait, je me
suis empressée de sortir. Après quelques minutes, tous les
voisins se sont rassemblés dans la rue, bien sûr, tout le
monde était en état de choc.
Plusieurs
minutes après la secousse, ma collègue et moi avons décidé
de retourner à l’intérieur du bureau pour aller prendre
nos deux radios-communication, ce qui nous permettrait de
communiquer avec les collègues des autres projets. Le
spectacle du bureau avec toutes les bibliothèques et
étagères nous donnait déjà une idée de ce qui venait de
se passer.
Après
avoir vérifié par radiocommunication que je pouvais aller
passer la nuit à l’ambassade du Canada, j’ai décidé
de m’y rendre à pied. Le gardien de mon bureau m’a
accompagnée et nous avons marché 30 minutes. A 7 heures du
soir, j’étais à l’ambassade.
De
son côté, ma collègue est partie à pied à la recherche
de sa petite fille qui revenait de l’école. J’ai su par
la suite qu’elle l’avait trouvée mais qu’en cours de
route, elle avait appris la nouvelle que deux de ses nièces
étaient parmi les blessés de l’Hôtel Montana et qu’elle
s’y était rendue à pied pour aller leur donner les
premiers soins. Étant médecin, elle a passé la nuit dans
la cour de l’Hôtel Montana prodiguant des soins à
plusieurs blessés.
Arrivée
à l’ambassade, j’y ai retrouvé plusieurs autres
collègues canadiens et des employés de l’ambassade. Nous
pouvions donner un numéro de téléphone au Canada et
l’ambassade s’assurait d’appeler un parent. Cette
nuit-là, nous avons dormi dans une voiture.
Le
lendemain mardi, on m’a déposée chez moi, c’est sur la
route que nous avons vu le spectacle horrifiant des maisons,
écoles, églises et magasins effondrés. Heureusement, ma
maison n’avait aucun dommage; seulement des étagères de
livres renversés et quelques cadres en verre cassés. Je me
suis considérée parmi les chanceuses.
Je
suis remontée ensuite à pied à mon bureau pour récupérer
ma voiture. Au cours de cette première journée, les
systèmes de communication (les trois compagnies de
cellulaire et l’Internet) ne fonctionnaient pas. Je suis
passée voir quelques collègues pour m’assurer de leur
état. Ce jour-là, j’ai dormi dans ma voiture garée dans
la cour de ma maison. Toutes les rues sont devenues des
terrains de camping et elles le sont encore même après une
semaine, les gens ont peur de dormir dans leur maison. La
plupart ont toujours la sensation que les murs bougent.
C’est
deux jours après la catastrophe, le jeudi, que les
communications ont recommencé à fonctionner, mais en Haïti
seulement et pas encore avec l’extérieur du pays. J’ai
rapidement appelé tous les amis qui étaient sur le même
système que moi et c’est à ce moment-là que j’ai
rejoint le curé de Pilate qui m’a informé que leur
Internet fonctionnait (Pilate est l’endroit où l’AQANU
des Bois-Francs appuie des petits projets). Ce jour-là, il
a envoyé un courriel à son contact Ricardo Dorcal de
Victoriaville l’informant que j’allais bien et lui
demandant de communiquer avec les membres de ma famille. Le
même jour, je suis allée dans la ville de Port-au-Prince
pour prendre des nouvelles de la mère d’une amie qui se
trouvait à l’extérieur de Port-au-Prince pour son
travail. Encore un spectacle horrifiant et plus de bâtiments
effondrés; maisons, hôtels, magasins, banques, et autres.
À
chaque édifice effondré, on ne pouvait pas s’empêcher
de penser aux gens qui devaient se trouver à l’intérieur
au moment du sinistre : sont-ils morts ou vivants? La maison
de mon amie était devenue inhabitable et j’ai ramené la
grand-maman de 85 ans chez moi avec deux autres membres de
sa famille. Nous avons installé des matelas dans la cour de
la maison et ce soir-là, nous étions quatre avec l’agent
de sécurité qui en poste à ma maison en permanence.
Le
vendredi a été occupé à reprendre contact avec l’équipe
du bureau pour connaître leur situation ainsi que celle de
leur famille et l’étendue de leurs pertes. Dans
l’après-midi, je suis allée chercher la fille de mon
amie qui était toujours dans une pension scolaire. Encore
spectacle horrifiant : le quartier des écoles complètement
effondré. Mon amie est entrée ce soir-là de la province,
ma famille «unique» était devenue une famille de six.
C’est
le samedi matin que l’Internet a recommencé à
fonctionner et que j’ai pu moi-même envoyer un courriel à
tous les membres de ma famille et aux amis.
Et
le miracle est finalement arrivé … j’ai rejoint mes
parents au téléphone le samedi matin.
Ce
que je fais depuis? Comme mon travail avec la coopération
canadienne consiste à appuyer le ministère de la Santé
d’Haïti, vous devez comprendre que nos activités ne se
sont pas arrêtées, mais qu’elles ont plutôt augmenté.
Nous devons continuer à appuyer nos collègues haïtiens
qui ont le courage de continuer à travailler malgré les
pertes de parents proches pour plusieurs d’entre eux.
Je
sais que vous voyez plusieurs reportages à la télévision
et que vous comprenez les besoins des milliers d’Haïtiens,
Haïti étant déjà le pays le plus dépourvu de l’Amérique
avant ce sinistre. J’espère que chacun de vous qui lirez
ces lignes pourra trouver un moyen de faire un petit geste
de solidarité avec nous.
Je
promets de vous envoyer un autre récit d’ici quelques
jours.
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