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D'Haïti, Agathe nous écrit (1)

Article mis en ligne le 22 janvier 2010 à 11:13 dans La Nouvelle / L'Union, www.lanouvelle.net/
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Fille de Dolorès Nadeau et d'Ernest Pellerin, originaire de Sainte-Sophie-d'Halifax, Agathe Pellerin vit en Haïti depuis plus de trente ans. Elle donne un coup de main bénévole à une organisation non gouvernementale locale, le CADRI (Centre d'appui au développement rural intégré). C'est cet organisme qui assure la liaison entre l'Association québécoise pour l'avancement des Nations unies (AQANU) et ses partenaires sur le terrain. Elle se trouvait évidemment en Haïti au moment du séisme. Ponctuellement, elle nous fera parvenir ses récits. Voici le premier, par lequel elle raconte sa journée du 12 janvier.

Le jour du séisme

Port-au-Prince, le 19 janvier 2010.

Tout d’abord, je dois vous dire que je suis en bonne santé. Une semaine depuis le tremblement de terre du mardi 12 janvier 2010.

D'Haïti, Agathe nous écrit (1)

Agathe Pellerin

À ce moment-là, une collègue et moi étions toujours à notre bureau. Ne comprenant pas ce qui se passait, je me suis empressée de sortir. Après quelques minutes, tous les voisins se sont rassemblés dans la rue, bien sûr, tout le monde était en état de choc.

Plusieurs minutes après la secousse, ma collègue et moi avons décidé de retourner à l’intérieur du bureau pour aller prendre nos deux radios-communication, ce qui nous permettrait de communiquer avec les collègues des autres projets. Le spectacle du bureau avec toutes les bibliothèques et étagères nous donnait déjà une idée de ce qui venait de se passer.

Après avoir vérifié par radiocommunication que je pouvais aller passer la nuit à l’ambassade du Canada, j’ai décidé de m’y rendre à pied. Le gardien de mon bureau m’a accompagnée et nous avons marché 30 minutes. A 7 heures du soir, j’étais à l’ambassade.

De son côté, ma collègue est partie à pied à la recherche de sa petite fille qui revenait de l’école. J’ai su par la suite qu’elle l’avait trouvée mais qu’en cours de route, elle avait appris la nouvelle que deux de ses nièces étaient parmi les blessés de l’Hôtel Montana et qu’elle s’y était rendue à pied pour aller leur donner les premiers soins. Étant médecin, elle a passé la nuit dans la cour de l’Hôtel Montana prodiguant des soins à plusieurs blessés.

Arrivée à l’ambassade, j’y ai retrouvé plusieurs autres collègues canadiens et des employés de l’ambassade. Nous pouvions donner un numéro de téléphone au Canada et l’ambassade s’assurait d’appeler un parent. Cette nuit-là, nous avons dormi dans une voiture.

Le lendemain mardi, on m’a déposée chez moi, c’est sur la route que nous avons vu le spectacle horrifiant des maisons, écoles, églises et magasins effondrés. Heureusement, ma maison n’avait aucun dommage; seulement des étagères de livres renversés et quelques cadres en verre cassés. Je me suis considérée parmi les chanceuses.

Je suis remontée ensuite à pied à mon bureau pour récupérer ma voiture. Au cours de cette première journée, les systèmes de communication (les trois compagnies de cellulaire et l’Internet) ne fonctionnaient pas. Je suis passée voir quelques collègues pour m’assurer de leur état. Ce jour-là, j’ai dormi dans ma voiture garée dans la cour de ma maison. Toutes les rues sont devenues des terrains de camping et elles le sont encore même après une semaine, les gens ont peur de dormir dans leur maison. La plupart ont toujours la sensation que les murs bougent.

C’est deux jours après la catastrophe, le jeudi, que les communications ont recommencé à fonctionner, mais en Haïti seulement et pas encore avec l’extérieur du pays. J’ai rapidement appelé tous les amis qui étaient sur le même système que moi et c’est à ce moment-là que j’ai rejoint le curé de Pilate qui m’a informé que leur Internet fonctionnait (Pilate est l’endroit où l’AQANU des Bois-Francs appuie des petits projets). Ce jour-là, il a envoyé un courriel à son contact Ricardo Dorcal de Victoriaville l’informant que j’allais bien et lui demandant de communiquer avec les membres de ma famille. Le même jour, je suis allée dans la ville de Port-au-Prince pour prendre des nouvelles de la mère d’une amie qui se trouvait à l’extérieur de Port-au-Prince pour son travail. Encore un spectacle horrifiant et plus de bâtiments effondrés; maisons, hôtels, magasins, banques, et autres.

À chaque édifice effondré, on ne pouvait pas s’empêcher de penser aux gens qui devaient se trouver à l’intérieur au moment du sinistre : sont-ils morts ou vivants? La maison de mon amie était devenue inhabitable et j’ai ramené la grand-maman de 85 ans chez moi avec deux autres membres de sa famille. Nous avons installé des matelas dans la cour de la maison et ce soir-là, nous étions quatre avec l’agent de sécurité qui en poste à ma maison en permanence.

Le vendredi a été occupé à reprendre contact avec l’équipe du bureau pour connaître leur situation ainsi que celle de leur famille et l’étendue de leurs pertes. Dans l’après-midi, je suis allée chercher la fille de mon amie qui était toujours dans une pension scolaire. Encore spectacle horrifiant : le quartier des écoles complètement effondré. Mon amie est entrée ce soir-là de la province, ma famille «unique» était devenue une famille de six.

C’est le samedi matin que l’Internet a recommencé à fonctionner et que j’ai pu moi-même envoyer un courriel à tous les membres de ma famille et aux amis.

Et le miracle est finalement arrivé … j’ai rejoint mes parents au téléphone le samedi matin.

Ce que je fais depuis? Comme mon travail avec la coopération canadienne consiste à appuyer le ministère de la Santé d’Haïti, vous devez comprendre que nos activités ne se sont pas arrêtées, mais qu’elles ont plutôt augmenté. Nous devons continuer à appuyer nos collègues haïtiens qui ont le courage de continuer à travailler malgré les pertes de parents proches pour plusieurs d’entre eux.

Je sais que vous voyez plusieurs reportages à la télévision et que vous comprenez les besoins des milliers d’Haïtiens, Haïti étant déjà le pays le plus dépourvu de l’Amérique avant ce sinistre. J’espère que chacun de vous qui lirez ces lignes pourra trouver un moyen de faire un petit geste de solidarité avec nous.

Je promets de vous envoyer un autre récit d’ici quelques jours.