Si la «solution» se doit d’être haïtienne avec et pour les Haïtiens, le pays a besoin de toutes sortes de supports. «Haïti a besoin de vous, du soutien de coopérateurs comme vous», a déclaré un professeur de philosophie de l’Université Notre-Dame en Haïti.
Lui et quelques autres intervenants haïtiens ont participé à la rencontre en visioconférence de Concertation Haïti, organisée le 28 janvier dernier par l’AQOCI.
Un premier de ces échanges sur Haïti avait porté sur les femmes et l’agriculture, le prochain s’attardera aux jeunes, à la défense du territoire et à l’environnement.
Animée par la directrice générale de l’AQOCI, Michèle Asselin, la rencontre de janvier a réuni une trentaine de participants, surtout des gens d’organisations de coopération internationale (OCI). Concertation Haïti se compose par ailleurs de syndicats et d’organismes de la diaspora.
En première partie, il s’agissait de décrire l’actuelle conjoncture en Haïti, complexifiée par la cherté de la vie, l’absence de contrôle de l’État, les enlèvements, la violence, la difficulté de circuler dans le pays. «On doit vivre dans la complexité, s’armer de courage, puiser dans ses ressources naturelles»… de résilience, a-t-on dit.
Les yeux haïtiens, et étrangers pourrait-on ajouter, sont tournés vers la fin du mandat du conseil présidentiel provisoire, son mandat s’achevant le 7 février. C’est ce conseil qui devait rétablir la sécurité dans le pays et organiser des élections. Force est de constater qu’il n’a pu réaliser son mandat.
«En Haïti, la politique est un gâteau. Chacun veut sa part et s’il ne l’a pas, il gâte la sauce.» Le souci du bien commun ne figure pas dans la mire des politiciens. «Ils font leur fortune sur le chaos.»
En deuxième partie, la rencontre a donné la parole aux fonctionnaires d’Affaires mondiales Canada (AMC) et du ministère québécois des Relations internationales et de la Francophonie.
À AMC, la question a été posée concernant l’efficacité et les résultats obtenus alors que des centaines de millions de dollars ont été investis depuis plusieurs années par le Canada dans la formation policière et judiciaire. Une réflexion s’impose, ont répondu les porte-parole d’AMC. Reste que pour le gouvernement canadien, il n’est pas question de désengagement à l’égard d’Haïti, le pays se trouvant dans un état critique.

«Le peuple haïtien veut la sécurité pour marcher, faire taire les pistolets et les armes», a dit un intervenant haïtien. (Photo Hélène Ruel)
«Il y a ce qu’on appelle la «fatigue Haïti»; c’est un défi de ne pas abandonner.»
Le rétablissement de la sécurité avec la participation à la mission de répression des gangs, les enjeux de gouvernance, le soulagement des souffrances, la défense des droits de la personne (impunité), faire en sorte qu’Haïti demeure sur l’agenda international constituent les axes d’intervention du Canada.
Du côté du MRIF, il a évidemment été question des coupes budgétaires que doivent essuyer certaines organisations, lesquelles devront mettre fin prématurément à des projets.
Michèle Asselin a parlé de l’onde de choc, de la stupéfaction que cette annonce a causée.
Un représentant d’une des organisations affectées (quatre au total) a dit que la coupe représentait une somme de 500 000 $, une goutte d’eau dans le budget du gouvernement du Québec. Il craint que ce non-respect d’ententes dûment signées par le MRIF engendre une perte de confiance à l’égard du Québec.
Le porte-parole du MRIF dit comprendre la colère des organisations. Tous les ministères ont dû s’astreindre à des compressions budgétaires, a-t-il souligné. «En ce qui concerne le plan Haïti, nous serons en mesure de livrer l’argent pour l’année qui vient.»
Avant d’aborder ces coupes, il a dressé un bilan du soutien du gouvernement québécois en Haïti, évoquant dix projets (devant être rendus publics incessamment) proposés par les organismes de la diaspora, d’autres projets soutenus par le ministère de l’Éducation et le ministère de la Santé et des Services sociaux et le projet AGIR du CECI.
Au MRIF, on a la volonté de soutenir Haïti, «à la hauteur de nos moyens», a conclu son porte-parole.
Hélène Ruel