Tel qu’il l’avait annoncé il y a quelques mois, le réalisateur Joseph Hillel a présenté son tout récent documentaire Tricoté serré crépu, un titre tout à fait approprié pour le sujet qu’il aborde, celui des vagues d’immigration haïtienne au Québec et surtout, leur contribution à l’évolution de la société québécoise. Une histoire oubliée, souligne-t-il.
Le documentaire a été présenté à l’émission Doc Humanité à Radio-Canada à la fin de janvier; on peut le retrouver à ICITOU.TV.
C’est de la bouche de la pédiatre Yvette Bonny que sort cette expression Tricoté serré crépu. À Joseph Hillel, elle raconte son extraordinaire parcours, elle qui, en 1980, a été la première au Québec à pratiquer une greffe de moelle osseuse à une enfant.
Comme des milliers d’autres l’ont fait dans les années 1960, elle a fui l’Haïti du dictateur François Duvalier et la terreur de ses Tontons macoutes pour émigrer au Québec. De 1960 à 1980, 171 000 professionnel.es s’exilent, le Canada en accueillant 15 000. On a alors parlé de l’«exode des cerveaux».
À cette époque, en pleine construction d’établissements scolaires, d’hôpitaux et de centre de services sociaux, le Québec accueillait à bras ouverts ces gens d’ailleurs pour enseigner et soigner. L’humoriste Anthony Kavanagh dit d’ailleurs qu’«on était accueillis comme des stars».

Une capture d’écran du documentaire où l’on voit le réalisateur en compagnie de la pédiatre Yvette Bonny.
Né en Haïti, Joseph Hillel est issu de la première vague d’immigration au Québec. Son film constitue en quelque sorte un témoignage personnel. Il livre tout à la fois ses réflexions, présente ses photos de famille, des images d’ici et d’Haïti. Il raconte son enfance à Joliette, difficile en raison de sa «différence».
Son récent documentaire, il le dédie à son oncle Édouard Anglade, le premier policier noir à Montréal et qui, à la fin des années 1980 avait gagné son procès après avoir dénoncé la discrimination raciale dont il était victime de la part de son supérieur. Parce que, justement, si le Québec a eu besoin d’une main-d’œuvre professionnelle, l’intégration des nouveaux arrivant.es ne s’est pas faite sans heurt.
Le réalisateur va à la rencontre de plusieurs autres personnes d’origine haïtienne, dont la professeure et ex-politicienne Dominique Anglade et de l’avocate Maryse Alcindor. Cette dernière évoque le douloureux souvenir de s’être fait reprocher de ne pas se mêler de ses affaires en militant pour la souveraineté du Québec.
«On n’a pas toujours le choix de partir ou de rester», dit le réalisateur. Mmes Anglade et Alcindor témoignent aussi du vain espoir de ces milliers de personnes qui ont pensé pouvoir retourner dans leur Haïti chérie après le départ de Bébé Doc (Jean-Claude Duvalier).
Ce qu’ils et elles n’ont pu construire au Sud, l’ont finalement fait au Nord. Le documentaire de Joseph Hillel se veut un appel au «vivre ensemble», l’«altérité s’enrichissant de la différence».
Hélène Ruel