Bien plus qu’une source d’espoir, le bénévolat tisse un filet de sécurité sociale pour Haïti, un «filet indispensable à la survie du pays».
On pourrait résumer ainsi le message de la gériatre Marie-Françoise Mégie, première femme d’origine haïtienne à avoir siégé au sénat canadien de 2016 à 2025.

Conférencière au déjeuner annuel de l’AQANU-Outaouais, la gériatre Marie-Françoise Mégie a été présentée par le président de l’AQANU nationale, Dr Emilio Bazile. (Photo Philip Richards)
Membre de l’AQANU-Outaouais, elle a été invitée à prononcer la conférence de l’annuel déjeuner, tenu à Gatineau le 2 mai dernier.
Native d’Haïti, Dre Mégie est arrivée au Canada en 1960. Devant quelque 250 personnes attablées à Gatineau ou devant l’écran de leur ordinateur, elle a expliqué en quoi le bénévolat d’organisations comme l’AQANU était vital pour Haïti.
Reprenant les mots d’Albert Camus, elle a parlé du bénévolat comme d’un «devoir moral», d’un acte de solidarité, d’une façon de construire l’avenir du pays alors que la paysannerie est laissée à elle-même.
«Le bénévolat fait une différence dans la société, renforce la résilience face aux crises et le sentiment d’appartenance, procure un sentiment de dignité», a-t-elle dit.
Même si elle a souligné que de prendre soin les uns des autres fait naturellement partie de l’ADN de la population haïtienne, le soutien financier et technique de la diaspora et des organisations de coopération constitue un apport essentiel, d’autant plus essentiel en ces temps de crise.
Elle a énuméré quelques statistiques. En 2025, la diaspora haïtienne (des États-Unis, du Canada et de la France) a acheminé cinq milliards de dollars US en Haïti, de l’argent dont une famille sur deux a besoin. Cette somme représente de 20 à 25% du PIB du pays, six fois le montant de ses exportations, deux fois le budget national.
Faisant écho au message de la conférencière, le président du Club des 100 de l’AQANU-Outaouais, Jean-Paul Bergeron, une fois de plus revêtu de son chandail du Canadien, a lancé son cri du cœur aux donatrices et donateurs en les invitant à ne pas lâcher.
Présenté par l’animatrice du déjeuner, Jisca Guérin, comme le «coach de motivation par excellence», il a parlé d’un des deux importants projets soutenus par l’AQANU-Outaouais, celui du renforcement du système électrique de l’École de formation professionnelle Mark Gallagher (ÉFPMG). Ce n’était pas un jeu d’enfant, a-t-il souligné, de procéder aux travaux dans une zone occupée par des bandits armés. Les guider à distance s’apparentait à une opération de la NASA, a-t-il comparé.
«Nos accomplissements ont un impact important dans la vie des étudiants», a-t-il dit, rappelant que depuis 2016 et jusqu’en 2025, quelque 388 jeunes avaient gradué.
La présidente de l’AQANU-Outaouais, Gertha Janvier Décoste, a pour sa part tracé le riche bilan des activités du comité et décrit brièvement les projets qu’il a soutenus au cours de la dernière année.
Outre celui du rehaussement du mur et du système électrique de l’ÉFPMG, elle a parlé du projet TIC-BAI par lequel des vidéos éducatives en français et en mathématiques sont offertes dans six écoles des Petites sœurs de Sainte-Thérèse, des prêts rotatifs aux petites marchandes à Papaye et à Rivière-Froide, l’achat de semences, des cours d’économie domestique à Corail et, dès que cela sera possible, la construction d’une bibliothèque à Mapou.
Avec les gangs armés toujours présents en Haïti, dont l’influence menace la population rurale de Rivière-Froide où se trouve l’ÉFPMG, la présidente du comité n’a pas manqué de louer l’imagination et le courage des partenaires haïtiens.
Comme à l’habitude lors de ses déjeuners annuels, l’AQANU-Outaouais profite de ce moment convivial pour présenter en images et en musique l’histoire des 53 ans d’existence de l’organisation, ses quatre comités québécois ayant soutenu 285 projets ayant nécessité l’injection de 7,5 millions $.

À cette activité de l’AQANU, même la députée Suzanne Tremblay et le député Mathieu Lévesque mettent la main à la pâte. (Photo Philip Richards)
Selon les premières estimations, le déjeuner de l’AQANU-Outaouais lui aurait permis d’amasser quelque 8000 $.
Pour voir et entendre les allocutions, on peut suivre ce lien : https://youtu.be/d6TrxseJIys
Hélène Ruel



