Article tiré du Magazine AQANU 16.5 Janvier 2025
Lors de la Journée de réflexion organisée à l’occasion du 50e anniversaire du Centre international de solidarité ouvrière (CISO), Yvel Admettre, secrétaire général de la Confédération des travailleurs et travailleuses des secteurs publics et privés d’Haïti (CTSP), a dressé un tableau sans détour de la situation actuelle en Haïti, qui vit une période d’insécurité due aux gangs armés. . Un constat sombre, lourd, mais nécessaire.
Malgré ce contexte extrêmement difficile, les activités syndicales se déroulent au prix d’efforts démesurés. Les organisations peinent à se déplacer, à planifier, à protéger leurs membres. « Malgré l’insécurité, nous continuons à mener des activités », insiste Yvel Admettre. Mais la CTSP a payé un lourd tribut : son siège social, construit grâce à l’appui de syndicats canadiens, a été vandalisé, pillé, incendié. Les locaux loués en urgence ont subi le même sort. Aujourd’hui, la centrale n’a plus de bureau fixe.
Le syndicaliste raconte aussi sa propre expérience : sa maison a été attaquée en pleine nuit, les assaillants l’y forçant à se cacher avec sa famille dans une petite chambre tandis qu’ils pillaient les lieux et incendiaient sa voiture. « Nous avons dû fuir, abandonner la maison. Nous ne savons même pas ce qu’elle est devenue. »
Résister en mouvement
Face à cette réalité, la CTSP a choisi de ne pas renoncer. Ses équipes multiplient les déplacements vers les sept départements du pays qui ne sont pas sous le contrôle des gangs. « Parfois, il faut prendre un avion ou un hélicoptère pour rencontrer les dirigeants syndicaux ou pour former les jeunes », explique-t-il. Les coûts explosent – « le prix des billets d’avion a quintuplé ».
Certaines zones, comme le Nord-Est, frontalier de la République dominicaine, deviennent des pôles de résistance syndicale. Là, la CTSP développe des réseaux de formation, structure la relève et assure une présence.
Mais ces efforts exigent des ressources accrues : pour maintenir des bureaux régionaux, soutenir les militants déplacés, renforcer les communications, maintenir la formation.
« La solidarité n’est pas un luxe »
Malgré l’ampleur de la crise, le secrétaire général refuse la résignation. Il martèle la nécessité d’une solidarité internationale active, et pas seulement financière. « Accompagner le peuple haïtien, c’est aussi parler d’Haïti, faire entendre la voix des travailleurs, expliquer ce qui se passe pour que nous ne restions pas enclavés. »
Pour lui, la sortie de crise devra passer par un dialogue entre les forces progressistes, par une coordination syndicale renforcée et par le soutien d’organisations comme le CISO, dont l’approche intersyndicale inspire la CTSP.
Il conclut en rappelant l’essentiel : « Le combat est énorme, mais nous n’avons pas le choix. La solidarité est indispensable pour continuer à défendre les travailleurs, les jeunes, et un peuple qui refuse d’abandonner. »
Luc Allaire
