Ce texte signé Hélène Ruel est tiré du Magazine AQANU 16.4 de décembre 2025
Comment, du Québec, peut-on être solidaire du peuple haïtien? Selon les panellistes Ludgine Dauphin de Fanm (femmes) Deside (décidées) et d’Emile Eyma d’IRATAM (Institut de Recherche et d’Appui Technique en Aménagement du Milieu), cette solidarité peut prendre plusieurs formes.
La question leur a été posée à l’occasion du premier d’une série de webinaires de la Concertation pour Haïti (AQOCI) auquel une cinquantaine de personnes ont assisté. Intitulé «Haïti debout : voix de résistance et d’espoir» l’activité marquait les Journées québécoises de la solidarité internationale.
Mme Dauphin et M. Eyma ont énuméré les formes que peut prendre la solidarité Québec-Haïti en parlant de l’appui aux projets de résistance de la paysannerie, du soutien aux programmes de développement et de renforcement des capacités locales, d’assurer un financement durable répondant aux besoins réels, d’investir dans l’agriculture, cela dans l’écoute et le respect des dynamiques locales.
À la question portant sur les priorités à adopter pour sortir Haïti de la crise, les deux panellistes s’entendent pour dire qu’il fallait d’abord et en premier lieu assurer la sécurité et la protection de la population. «Sans cela, rien n’est possible», dit Mme Dauphin.
Actuellement, «chaque au revoir peut être un adieu», illustre M. Eyma, disant qu’en Haïti, sortir de sa maison comporte le risque d’être kidnappé ou tué.
«Notre lutte est votre lutte aussi», a-t-il poursuivi, en disant qu’il fallait plaidoyer pour la tenue d’élections dans de bonnes conditions, dans la refondation de l’État et de la reconstruction d’institutions publiques. «Un pays ne peut disparaître, un État, oui», a déclaré le résidant de Cap-Haïtien.
À cette autre question portant sur la sécurité, il a répondu qu’Haïti ne pouvait faire l’économie d’une force internationale.
Une intervention internationale, oui, conviennent les deux panellistes, mais dans des conditions autres que celles qu’a vécu le peuple haïtien jusqu’ici.
«Les communautés haïtiennes ne sont pas mortes», a constaté l’animateur Hudson Michel, cela malgré l’état catastrophique du pays. M. Eyma a emprunté le langage médical pour décrire la condition d’Haïti en parlant de métastases et de décomposition de la société. «La crise a été sans réponse depuis si longtemps» qu’il faudra un «temps long» pour en émerger.
Et parce que le webinaire voulait s’inscrire sous une note d’espoir, l’animateur a demandé à Mme Dauphin et M. Eyma de donner des exemples concrets de «pousses de lumière».
Du côté de l’organisme féministe, la représentante a parlé du travail de sensibilisation à la violence que font les femmes auprès des autorités et de ces jeunes filles qui recourent aux radios communautaires, de ces agricultrices qui développent leur résilience, de ces survivantes qui acceptent de témoigner, de ces gens qui accueillent les victimes, des services que continue d’offrir l’organisme alors que la pression des demandes a considérablement augmenté.
Du côté de l’IRATAM, le représentant évoque ces milliers de paysans qui continuent de produire, des cadres qui les accompagnent sur le terrain, de l’explosion artistique du côté des jeunes, des écoliers qui bravent la route malgré la présence de gangs armés.
Hélène Ruel
