L’École de Formation professionnelle Mark Gallager (EFPMG) a plus de 10 ans d’histoire. Dix ans de travail acharné par la direction et le personnel pour assurer son fonctionnement et sa pérennité. Les années ont été témoins de changements au niveau des formations offertes, une décroissance constante des inscriptions et une réalité sociale de moins en moins favorable à la poursuite de sa mission.
Le contexte actuel est marqué par le contrôle de la Zone de Carrefour par le gang «Grand Ravin» et son chef René Destina, dit Ti Papli, affilié à la coalition «VivAnsamm» qui contrôle la majeure partie de la capitale, Port-au-Prince, et a étendu son influence au-delà de la ville.
Pour la vie quotidienne de la population, cette situation est synonyme de menaces, violence et insécurité. Elle se traduit par toutes sortes d’entraves au quotidien, que ce soit aller au travail, fréquenter une école, faire les courses, etc. Les gens finissent par apprendre à survivre dans de telles conditions, mais nourrissent peu d’espoir pour un meilleur avenir et surtout sans pouvoir le planifier pour leurs enfants. Résilients oui, comme toujours, mais aussi fatalistes. Une expression bien haïtienne me vient à l’esprit «Sekonsa sa ye». Je souligne cette réalité pour mieux faire valoir le travail exceptionnel qu’accomplissent les codirectrices de l’école, sœurs Mahotière et Petit Jean appuyées par l’ensemble du personnel. Grâce à ce travail, l’école demeure ouverte, L’année scolaire 2025-2026 est particulièrement éprouvante. La direction a dû composer avec le vol de matériel du système électrique en début d’année ce qui menaçait d’entraîner la fermeture de l’école. Devant cette situation et en tenant compte de la détermination de la direction et du personnel de tout faire pour éviter la fermeture, l’AQANU-Outaouais s’est mobilisée pour trouver les quelque 40 000 $ nécessaires pour :1. Renforcer et rehausser le mur qui entoure l’école en y ajoutant du barbelé.2. Remplacer le matériel volé.3. Rendre l’école autonome sur le plan de l’alimentation électrique en ajoutant de la capacité solaire. Les travaux sur le renforcement du mur de protection sont maintenant terminés et nous amorçons la phase, plus complexe, des travaux sur le système électrique.
Dans un contexte social dit « normal », il ne s’agit pas de projets très difficiles à réaliser puisqu’ils présentent un facteur de risque assez bas. Mais dans le contexte d’une zone contrôlée par les gangs où tout déplacement est sujet à des « contrôles » par des hommes armés, lesquels exigent des « frais de passage » à plusieurs endroits, le tout s’avère un exercice plus périlleux et non sans risque. Un ensemble de dispositions doivent être prises pour assurer la sécurité des matériaux et des ouvriers qui se déplacent pour effectuer le travail.
Pour réaliser ces projets, AQANU, en collaboration avec la direction de l’école, a fait appel aux services d’INNODEV, l’organisation non gouvernementale haïtienne qui avait effectué la supervision technique de la construction de l’école. Pour terminer l’année scolaire Compte tenu du petit nombre d’élèves inscrits dans les programmes cette année, la direction prévoit un déficit important. Les fonds de l’AQANU qui auraient pu servir à éponger en partie ce déficit ont plutôt servi à financer la réhabilitation du système électrique et le renforcement du mur de protection, jugés prioritaires par la direction de l’école.
Présentement, nous travaillons à solliciter certaines organisations afin de soutenir la direction. Les fonds éventuellement recueillis serviront à payer les salaires des employés. La communauté des PSST a contribué au financement des deux projets et au paiement des salaires du personnel. L’avenir Il est évident que l’école n’est pas viable avec le niveau des inscriptions de l’année scolaire 2025-2026. Il faut absolument augmenter les inscriptions dans les programmes existants et prévoir de nouveaux programmes ayant une capacité d’attirer des élèves. La direction travaille au recrutement pour 2026-2027 en essayant de trouver des moyens de pallier les différents facteurs qui limitent l’accessibilité tels le coût de transport pour les élèves et le manque de lieux de stages. De plus, les directrices explorent la possibilité d’offrir soit le programme de technique infirmière ou de formation du personnel enseignant du primaire (école normale). Ces deux filières répondent bien au besoin du pays et jouissent d’une certaine popularité chez les jeunes en leur assurant un emploi. À l’AQANU nous préparons, avec la direction, une analyse financière de l’école dans son ensemble et de chacune des filières de formation. Cette analyse servira d’outils pour guider nos réflexions et les décisions que devront prendre les PSST et la direction quant à l’avenir d’EFPMG. En conclusion Il faut se rappeler que l’école ne reçoit aucune aide financière de l’État. Elle doit se financer à partir des frais de scolarité et la solidarité des organisations comme l’AQANU. Puisque l’école a pour objectif d’ouvrir ses portes à des jeunes issus de la paysannerie et des couches défavorisées de la population, l’atteinte de l’équilibre budgétaire constitue une «mission impossible». Dès le début, des démarches avaient été entreprises auprès du ministère de l’Éducation réclamant qu’il subventionne les formations. Pour cela nous devions faire accréditer l’école et ses formations par le ministère de l’Éducation. Or, malgré cette accréditation, les subventions n’ont pas suivi. Il n’y a aucune perspective que cela arrive dans le contexte actuel. L’école ne peut survivre sans l’appui d’organisations extérieures comme l’AQANU, ce qui nous impose une obligation de résultat pour trouver des partenaires canadiens qui nous accompagneraient dans notre appui financier, l’école pouvant ainsi assurer sa capacité d’offrir à une jeunesse défavorisée l’accès à une formation qualifiante et par conséquent l’espoir d’une meilleure vie. Reg SorelComité d’appui à l’École de formation professionnelle Mark Gallagher








