Dans ce numéro du Magazine AQANU, nous ne pouvions passer outre cette tragédie qui a bouleversé la congrégation haïtienne des Petites sœurs de Sainte-Thérèse (PSST), partenaires de longue date et pour de nombreux projets soutenus par notre association. Deux des leurs, sœurs Marie Évanette Onésaire et Jeanne Citale Voltaire ont été assassinées dans la foulée des attaques de gangs criminels dans la commune de Mirebalais au début d’avril.
Dans le passé, des religieuses de cette congrégation ont été kidnappées, agressées, battues, mais c’est la première fois que des Petites sœurs sont assassinées.
https://acn-canada.org/fr/le-calvaire-dhaiti-continue-deux-religieuses-assassineesha/
À leur mission de Mirebalais, particulièrement, c’est la deuxième fois que les sœurs sont victimes d’actes de banditisme. De 2014 à 2016, nous rappelle-t-on, trois des fraternités de la congrégation ont subi des agressions (Mirebalais, Boucan Carré, Marfranc). Le 3 février 2016, un groupe d’une quinzaine de bandits ont fait irruption dans la maison des sœurs, les a frappées, agressées.
Les violences ont atteint un paroxysme dans cette commune de Mirebalais située dans le département du Centre. Les gangs ont investi la ville, l’ont pillée, incendié la prison, faisant fuir quelque 500 criminels. Les bandits sèment la terreur à un point tel que si les résidents ne peuvent fuir, ils s’enferment dans leur maison – quand elle n’a pas été incendiée – y mourant de faim et de soif. L’hôpital universitaire de Mirebalais a même dû fermer ses portes en raison de la terreur qui règne dans cette commune depuis trois semaines.
Selon les informations que nous avons pu recueillir, il était difficile d’atteindre la ville assiégée, les gangs bloquant les routes. Les habitants de Mirebalais ayant pu fuir se réfugient par milliers dans les communes voisines. Finalement, personne ne se trouve en sécurité, les gangs ayant déjà investi la commune de Saut-d’Eau.
Funérailles… sans dépouilles
Le matin du 12 avril, la communauté des PSST a organisé des funérailles pour rendre hommage aux sœurs assassinées. Près d’une centaine de personnes ont pu y assister puisqu’elle était diffusée en Zoom.
La cérémonie a eu lieu sans la présence des dépouilles, la congrégation n’ayant pu les récupérer. «Malgré tous les efforts consentis, nous n’avons pas pu célébrer les funérailles avec leurs corps. C’est lamentable! Ils ont tué leur corps, mais nous sommes certaines qu’elles sont dans les bras du Bon Dieu.»
Dans leur chapelle de Rivière Froide, on a ainsi prié pour les deux «authentiques missionnaires», «arrachées à la vie de manière tragique». «Elles rentrent au nombre des martyrs innocents qui ont versé leur sang en sacrifice sur le sol haïtien et dans le monde.»
Sœur Marie Évanette Onésaire allait avoir 74 ans le 7 avril. Née dans la commune de Dessalines, elle était la cadette de quatre enfants. On a dit d’elle qu’elle était une religieuse se comportant toujours en bonne mère soucieuse de ses enfants dans les écoles qu’elle dirigeait. Elle avait fait sa profession perpétuelle en 1982.
Douzième d’une famille de 13 enfants, née dans la commune de Gros-Morne, Jeanne Citale Voltaire était âgée de 70 ans, entrée au noviciat en 1987, ayant prononcé ses vœux perpétuels en 1998. On l’a décrite comme une personne très laborieuse qui aimait les fêtes et les ambiances.
Par leur cérémonie, les religieuses ont voulu également prier pour l’âme des membres du personnel qui accompagnaient ces sœurs dans la mission de Mirebalais, Armand Duval, Chrismène Jean-Baptiste, Wann Chedna Dorsainvil. «Les mots nous manquent pour expliquer cet acte crapuleux. Nous nous posons plein de questions que personne n’a la réponse, sinon Dieu seul.»

Des religieuses des PSST, évidemment et des membres d’autres congrégations ainsi que des jeunes, élèves des Petites sœurs ont assisté aux funérailles des sœurs assassinées. (Capture d’écran)
«La situation est lamentable et affligeante, mais nous devons tenir ferme tout en gardant notre espérance en ce Dieu qui nous aime et nous fortifie. Armons-nous du courage pour continuer la mission. Que nos sœurs martyres intercèdent pour nous auprès de leur Père afin que nous puissions lutter pour une société plus juste et fraternelle.»
Profonde sympathie de l’AQANU à l’endroit des PSST. Que l’espérance demeure.
Hélène Ruel

